
Comment fonctionne une arnaque à l’achat en ligne
La fausse boutique ressemble à une vraie : un site propre, des photos de produits, des avis, un panier, une page de paiement. Elle vend souvent ce qui se vend bien à ce moment-là : vêtements de marque, électroménager, jouets avant les fêtes, articles de sport, objets d’une tendance du moment. Les prix sont nettement plus bas qu’ailleurs, ou présentés comme une liquidation exceptionnelle.
Trois issues sont possibles. Rien n’arrive jamais. Un objet arrive, mais ce n’est pas celui commandé, ou c’est une contrefaçon sans valeur. Ou bien la page de paiement servait surtout à récupérer les données de votre carte, qui seront utilisées pour d’autres achats.
Cybermalveillance.gouv.fr a relevé dans son rapport d’activité 2025 une hausse de 170 % des demandes d’assistance liées aux escroqueries commerciales, en partie à cause des faux sites de vente. Si une marque connue apparaît sur un faux site, ce n’est pas elle qui l’a monté : son nom et ses photos sont utilisés sans son accord.
Cet article complète notre guide pour reconnaître un faux site avant de payer, qui explique en détail comment lire une adresse web et retrouver l’entreprise derrière un site. Ici, on s’intéresse à ce qui entoure l’achat : d’où vient l’offre, comment payer, ce que la loi vous garantit, et quoi faire après.
Les vérifications qui démasquent une fausse boutique en quelques minutes
SignalConso, le service de signalement de la répression des fraudes, liste les vérifications utiles avant d’acheter. Elles tiennent en quelques minutes.
- Les mentions légales. Elles sont obligatoires. Elles doivent donner le nom de l’entreprise, son adresse et ses identifiants. Leur absence, ou un texte vague sans nom ni adresse, est un signal fort.
- L’entreprise elle-même. Cherchez le nom ou le numéro indiqué dans l’Annuaire des Entreprises. Une entreprise qui existe ne prouve pas que le site est le sien, mais une entreprise introuvable règle la question.
- Les conditions générales de vente. Elles doivent parler des délais de livraison, des retours et du droit de rétractation.
- La réputation hors du site. Tapez le nom du site dans un moteur de recherche en ajoutant le mot « arnaque » ou « avis ». Les avis affichés sur le site lui-même ne comptent pas : ils sont choisis, voire inventés.
- Le contact. Un numéro de téléphone et une adresse postale réels, pas seulement un formulaire.
Un détail utile : regardez la date de création du site si vous le pouvez, et le décalage entre le nom du site et ce qu’il vend. Une boutique de « liquidation » qui a ouvert le mois dernier sous un nom sans rapport avec ses produits mérite d’être fermée sans commander.

Où une fausse boutique vient vous chercher
Peu de gens tombent sur une fausse boutique par hasard dans un moteur de recherche. Le plus souvent, c’est elle qui vient à vous.
- La publicité sur les réseaux sociaux. Une vidéo courte, un produit qui a l’air parfait, un prix barré et un compte à rebours. Le bouton mène directement à la page de paiement.
- La fausse fermeture de magasin. Une enseigne connue « liquide son stock » à moins 80 %. Les vraies enseignes ont un site officiel que vous pouvez ouvrir vous-même pour vérifier si l’opération existe.
- Le message ou l’e-mail promotionnel qui vous offre un code de réduction exceptionnel ou un cadeau pour un achat.
- Le lien partagé par un proche, qui a lui-même vu la publicité et vous l’a transmise de bonne foi.
Le point commun est le chemin : vous arrivez par un lien qu’on vous a donné, pas par une adresse que vous avez tapée. La vérification consiste justement à reprendre la main sur ce chemin. Cherchez la marque ou l’enseigne vous-même, ouvrez son site officiel, et regardez si l’offre y figure.
Un exemple inventé de publicité typique : « Fermeture définitive : tout le stock à moins 80 %, plus que 3 heures. » Le délai sert à vous empêcher de faire précisément cette vérification.
Pourquoi le moyen de paiement fait partie de la défense
La façon dont vous payez décide en grande partie de ce qui sera possible après. Avant de valider, regardez ce que le site vous propose et à qui va l’argent.
- La carte bancaire sur une page de paiement sécurisée, avec la validation dans l’application de votre banque, reste le moyen le plus courant. Lisez bien ce que l’application vous demande de valider : le montant et le nom du commerçant doivent correspondre à votre achat.
- Un virement vers un particulier ou vers un compte à l’étranger pour un achat dans une « boutique » est un signal fort. Une entreprise qui vend en ligne a un moyen d’encaisser par carte.
- Les coupons prépayés, les transferts d’argent et la cryptomonnaie sont à refuser. Une fois le code ou l’argent transmis, il n’y a presque plus de recours.
- Une remise supplémentaire si vous payez par virement est une technique pour vous faire choisir le moyen le plus difficile à contester.
Pour un virement, la vérification du bénéficiaire, gratuite dans la zone euro depuis le 9 octobre 2025, compare le nom que vous saisissez avec celui du titulaire de l’IBAN. Si le nom ne correspond pas à la boutique, ne maintenez pas le virement.
Si vous avez un doute en cours de paiement, il est toujours possible de s’arrêter. Fermer la page ne vous engage à rien.
Ce que la loi prévoit sur la livraison et le remboursement
Avec une vraie entreprise qui vend à distance, vous avez des droits précis. Les connaître aide aussi à reconnaître une boutique qui ne les respecte pas.
- Le délai de livraison. Selon service-public.gouv.fr, le vendeur doit vous indiquer la date ou le délai de livraison avant la commande. Sans date indiquée, il doit livrer au plus tard 30 jours après la commande.
- L’annulation pour retard. Si la livraison n’a pas lieu, vous pouvez mettre le vendeur en demeure de livrer, par lettre recommandée ou par écrit sur un support durable comme un e-mail, puis annuler la commande si rien ne vient. Le vendeur doit alors vous rembourser la totalité des sommes versées dans un délai maximum de 14 jours.
- Le droit de rétractation. Pour la plupart des achats à distance, vous disposez de 14 jours pour changer d’avis, avec des exceptions détaillées sur service-public.gouv.fr.
- Le colis déclaré livré mais jamais reçu. Service-public.gouv.fr indique de mettre le vendeur en demeure de vous envoyer le colis, par lettre recommandée avec accusé de réception.
Ces droits supposent un vendeur qui existe et qui répond. Face à une fausse boutique, ils restent utiles : la mise en demeure et l’absence de réponse font partie des preuves de votre plainte, et vous permettent de montrer que le service client est injoignable.
Si vous avez payé une fausse boutique
Gardez tout : la publicité ou le lien d’origine, des captures du site, la confirmation de commande, les e-mails, le relevé de paiement. Le site peut disparaître du jour au lendemain.
- Appelez votre banque par le numéro de votre carte ou de votre application. Si vos données de carte ont été saisies sur le site, faites opposition et demandez une nouvelle carte. Si des paiements que vous n’avez pas faits apparaissent, ils relèvent des paiements non autorisés : service-public.gouv.fr rappelle qu’un paiement frauduleux ne peut plus être remboursé au-delà de 13 mois.
- Pour l’achat que vous avez validé vous-même, demandez à votre banque si une contestation est possible auprès du réseau de la carte pour une marchandise jamais livrée. Ce n’est pas un droit automatique, et la réponse dépend de la banque et de la situation, mais la question mérite d’être posée vite.
- Écrivez au vendeur pour le mettre en demeure de livrer, même si vous n’y croyez plus. Sa non-réponse est une preuve.
- Changez votre mot de passe si vous avez créé un compte sur le site avec un mot de passe que vous utilisez ailleurs.
Méfiez-vous des messages qui arrivent ensuite en promettant de vous faire rembourser contre des frais : c’est souvent une deuxième arnaque qui vise les mêmes victimes. Notre article sur l’arnaque à l’avance de frais explique comment la reconnaître.
Où signaler et porter plainte
Le bon endroit dépend de ce qui s’est passé, et plusieurs démarches peuvent se cumuler.
- Faux site commercial. Service-public.gouv.fr explique que vous pouvez le signaler ou porter plainte en ligne sur THESEE quand trois conditions sont réunies : vous avez passé commande sur un faux site, vous n’avez pas reçu le bien, et le service client est injoignable. Un paiement n’est pas nécessaire pour faire la démarche. Le signalement informe les enquêteurs, la plainte ouvre une procédure.
- Délai pour porter plainte. Service-public.gouv.fr indique qu’il est de 6 ans à compter du dernier acte d’escroquerie, par exemple le jour du dernier paiement.
- Problème avec une vraie entreprise qui ne livre pas, ne rembourse pas ou ne respecte pas ses obligations : signalez-le sur SignalConso, le service de la répression des fraudes, qui le transmet à l’entreprise et aux enquêteurs.
- Achats frauduleux avec votre carte alors qu’elle est toujours en votre possession : après l’opposition, déclarez-les sur Perceval.
- Pour être orienté : Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30, et 17Cyber propose un diagnostic en ligne.
Signaler la publicité au réseau social qui l’a diffusée aide aussi à la faire retirer avant que d’autres personnes ne commandent.
Ce que ces vérifications ne peuvent pas faire
Aucune vérification ne garantit qu’un achat se passera bien. Une entreprise réelle peut faire faillite entre votre commande et la livraison, et un faux site peut copier les mentions légales d’une vraie société. Les vérifications réduisent fortement le risque, elles ne le suppriment pas.
Quelques réflexes simples aident à limiter les dégâts quand quelque chose se passe mal malgré tout. Pour un premier achat dans une boutique inconnue, commencez par un petit montant. Ne gardez pas votre carte enregistrée sur un site que vous ne connaissez pas. Et regardez vos relevés de compte dans les jours qui suivent un achat sur un nouveau site.
Si une boutique vous a trompé, cela ne dit rien de votre attention. Ces sites sont faits par des gens dont c’est le métier, avec de vraies photos, de faux avis et des publicités payées. Pour garder les bons réflexes au quotidien, voyez aussi les vérifications à faire avant de cliquer ou de payer.
Questions fréquentes sur les arnaques à l’achat en ligne
Comment savoir si une boutique en ligne est fiable ?
Lisez les mentions légales, qui sont obligatoires, cherchez l’entreprise dans l’Annuaire des Entreprises, regardez les conditions générales de vente, et tapez le nom du site avec le mot « arnaque » dans un moteur de recherche. Pour une marque connue, ouvrez son site officiel vous-même et vérifiez que l’offre y existe.
Quel est le moyen de paiement le plus sûr avec un vendeur inconnu ?
La carte bancaire sur une page de paiement sécurisée, en lisant bien le montant et le nom du commerçant au moment de la validation. Refusez les virements vers des particuliers ou des comptes à l’étranger, les coupons prépayés, les transferts d’argent et la cryptomonnaie.
Ma commande n’est jamais arrivée. Quels sont mes droits ?
Sans date de livraison indiquée, le vendeur doit livrer dans les 30 jours. Mettez-le en demeure de livrer par lettre recommandée ou par e-mail, puis annulez la commande si rien n’arrive. Il doit alors vous rembourser sous 14 jours. Face à un faux site, gardez ces échanges pour votre plainte.
Peut-on récupérer l’argent payé à une fausse boutique ?
Ce n’est pas garanti. Appelez votre banque vite : les paiements que vous n’avez pas autorisés suivent les règles de remboursement des fraudes, et pour un achat que vous avez validé, demandez si une contestation est possible. Portez plainte sur THESEE ou au commissariat, et méfiez-vous des services qui promettent de récupérer l’argent contre des frais.
Peut-on porter plainte même sans avoir payé ?
Oui. Selon service-public.gouv.fr, il n’est pas nécessaire qu’un paiement ait eu lieu pour signaler un faux site commercial ou porter plainte sur THESEE, dès lors que vous avez commandé, que vous n’avez rien reçu et que le service client est injoignable.
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