Arnaque aux dons : vérifier une demande avant de donner

Donner à une cause qui vous touche doit rester simple. Quelques minutes de vérification suffisent pour que votre argent aille bien à l’organisme que vous voulez aider, et pas à quelqu’un qui en a pris le nom.

Une urne de dons en carton, des enveloppes vierges et un porte-documents posés sur une table de salle municipale, vus de dessus

Comment vérifier un organisme en quelques minutes

Les arnaques aux dons prennent deux formes. Soit l’organisme n’existe pas, et son nom a été inventé pour l’occasion. Soit il existe vraiment, et quelqu’un se fait passer pour lui avec un faux site, un faux SMS, un faux collecteur ou une fausse cagnotte. Dans le second cas, la vraie association est victime elle aussi : son nom et sa réputation sont utilisés sans son accord.

La vérification la plus utile est la même dans les deux cas : allez vers l’organisme par vous-même, au lieu de répondre à la demande qui vous est arrivée.

  • Cherchez l’organisme dans l’Annuaire des Entreprises. Malgré son nom, il recense aussi les associations, avec leurs informations légales publiques.
  • Ouvrez son site officiel en tapant l’adresse vous-même, ou en la retrouvant par un moteur de recherche, et donnez depuis sa page de dons.
  • Comparez le nom exact, le logo et l’adresse du site avec ceux du message reçu. Une lettre de plus, un tiret ou une extension différente suffisent à faire un autre site.
  • Cherchez le nom de l’organisme avec le mot « arnaque » dans un moteur de recherche, pour voir si une usurpation a déjà été signalée.

Un exemple inventé de message à vérifier : « Urgence inondations : chaque euro compte. Donnez maintenant via ce lien, votre reçu fiscal vous sera envoyé. » Le drame est peut-être réel. La question est de savoir si le lien mène à l’organisme qu’il prétend représenter.

Une femme tient une enveloppe de don et vérifie quelque chose sur un ordinateur portable, à la table de sa cuisine
Scène illustrative : on vérifie l’organisme sur son site officiel et dans l’annuaire avant de donner.

Ce que le statut et le reçu fiscal disent, et ce qu’ils ne disent pas

En France, les dons à certains organismes ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu. Selon service-public.gouv.fr, la réduction est de 66 % du montant des dons pour un organisme d’intérêt général ou reconnu d’utilité publique, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Pour un organisme d’aide aux personnes en difficulté, qui fournit des repas, des soins ou un logement, le taux est de 75 % jusqu’à un certain plafond de dons, détaillé sur la même page. L’organisme vous remet un reçu fiscal pour justifier le don.

Ce cadre est utile, mais il faut savoir ce qu’il prouve.

  • Un statut ne garantit pas que le message vient de l’organisme. Un escroc peut utiliser le nom d’une association reconnue d’utilité publique.
  • Un reçu fiscal promis ne prouve rien. Un faux site peut promettre un reçu qui n’arrivera jamais, ou en envoyer un faux.
  • Un organisme réel peut être mal géré. Le statut dit qu’il peut délivrer des reçus, pas comment il utilise l’argent.

Si la réduction d’impôt compte pour vous, donnez directement depuis le site de l’organisme et gardez le reçu qu’il vous envoie. En règle générale, un don fait à une personne privée, par exemple par une cagnotte pour aider une famille, n’entre pas dans ce cadre, puisque la réduction concerne les dons aux organismes listés par l’administration fiscale.

Où va l’argent, et comment le savoir

Avant un don important, il est légitime de vouloir savoir comment l’organisme utilise les fonds. La loi française prévoit un cadre pour les organismes qui font appel à la générosité du public.

Selon la préfecture de Paris et d’Île-de-France, un organisme qui fait appel à la générosité du public dans le cadre d’une campagne nationale, sur la voie publique ou par des moyens de communication, doit faire une déclaration préalable à la préfecture de son siège quand les dons collectés ont dépassé 153 000 euros au cours de l’un des deux exercices précédents ou de l’exercice en cours. Ces organismes établissent aussi un compte d’emploi annuel des ressources collectées auprès du public, selon des règles fixées par arrêté.

En pratique, les grandes associations publient en général leur rapport annuel et leurs comptes sur leur site. Regardez ce qui est dit sur l’utilisation des dons, les frais de collecte et les actions menées.

Le label Don en Confiance

Certaines organisations adhèrent volontairement au Don en Confiance, créé en 1989. Selon cet organisme, la reconnaissance signifie que l’organisation s’est engagée à respecter sa charte de déontologie et que le contrôle exercé n’a pas révélé de manquement de nature à remettre en cause l’agrément. C’est un repère utile, mais son absence ne signifie pas qu’un organisme est malhonnête : beaucoup de petites associations sérieuses n’y adhèrent pas.

Les appels après une catastrophe méritent une vérification de plus

Après une inondation, un incendie, un séisme ou une guerre, l’envie d’aider est immédiate, et les faux appels aux dons apparaissent vite. Ils reprennent les images de l’actualité, le nom d’une ville touchée, parfois celui d’une vraie association ou d’une collectivité.

  • Prenez quelques minutes. Les besoins d’une catastrophe durent des semaines et des mois. Votre don sera aussi utile demain qu’aujourd’hui.
  • Donnez à un organisme que vous connaissez déjà, ou que vous avez retrouvé par vous-même, plutôt qu’à un nom découvert dans un message ou une publicité.
  • Méfiez-vous des organismes créés pour l’occasion, avec un nom qui reprend celui de la catastrophe et un site ouvert depuis quelques jours.
  • Si une collectivité organise une collecte, vérifiez-le sur son site officiel en .fr, par exemple la mairie ou la préfecture concernée.

Les photos très émouvantes ne prouvent rien. Elles peuvent avoir été prises ailleurs, à une autre date, ou générées par un logiciel.

Appels, SMS et collecteurs à la porte

Certaines demandes arrivent sans que vous les ayez cherchées. Elles ne sont pas toutes fausses, mais elles se vérifient toutes de la même façon.

  • Un appel au nom d’une association, de pompiers, de policiers ou d’une œuvre sociale vous demande un don par carte au téléphone. Vous pouvez dire que vous donnerez vous-même, puis raccrocher et passer par le site officiel. Un appel qui insiste, qui affirme que vous aviez promis un don l’an dernier, ou qui demande vos coordonnées bancaires immédiatement doit vous faire arrêter.
  • Un SMS ou un message avec un lien pour donner : ne l’utilisez pas. Retrouvez l’organisme par vous-même.
  • Un collecteur à la porte ou dans la rue : demandez son nom, l’organisme qu’il représente et un document qui l’identifie. Vous pouvez toujours prendre une brochure et donner plus tard depuis le site de l’organisme.
  • Une demande de paiement inhabituelle : coupons prépayés, cartes cadeaux, cryptomonnaie, virement vers un compte de particulier. Un organisme sérieux propose des moyens de paiement classiques à son nom.

Une vraie association ne vous reprochera jamais de vouloir vérifier, ni de donner plus tard par son site. Si vous avez un doute sur un appel, notre article sur le vishing explique comment fonctionnent les appels frauduleux.

Les cagnottes en ligne et les collectes sur les réseaux sociaux

Les cagnottes en ligne servent souvent à aider une personne ou une famille : des frais médicaux, des obsèques, un logement détruit. Beaucoup sont sincères. Mais elles sont aussi faciles à créer pour une histoire inventée, ou pour une histoire vraie qui ne concerne pas la personne qui collecte.

Avant de participer, quelques vérifications :

  • Qui a créé la cagnotte, et quel est son lien avec la personne aidée ? Un proche identifiable, une association, ou un compte anonyme créé récemment ?
  • L’histoire est-elle confirmée ailleurs : par un article de presse local, par la famille, par une association ou une collectivité ?
  • Qui reçoit l’argent ? Le bénéficiaire affiché doit correspondre à la personne ou à l’organisme présentés.
  • La cagnotte est-elle partagée par quelqu’un que vous connaissez et qui connaît lui-même la personne aidée, ou seulement relayée par des comptes inconnus ?

Sur les réseaux sociaux, méfiez-vous des messages privés qui vous demandent de donner directement par virement ou par une application de paiement, et des comptes qui copient le nom et la photo d’une vraie collecte. Si un proche relaie une collecte, il le fait souvent de bonne foi : vérifiez avant de la partager à votre tour.

Rappelez-vous que, en règle générale, une cagnotte pour aider un particulier n’ouvre pas droit à la réduction d’impôt des dons aux associations.

Si vous avez déjà donné

Commencez par garder les preuves : le message, le lien, l’adresse du site, la page de la cagnotte, le reçu de paiement.

  1. Si vous avez payé par carte sur un site douteux, appelez votre banque par le numéro de votre carte ou de votre application, et faites opposition si vos données de carte ont pu être récupérées. Un paiement que vous n’avez pas autorisé se conteste ensuite : service-public.gouv.fr rappelle qu’il ne peut plus être remboursé au-delà de 13 mois.
  2. Si vous avez fait un virement, prévenez votre banque au plus vite et demandez ce qui peut encore être tenté.
  3. Prévenez l’organisme imité par son site officiel. Il pourra alerter ses donateurs et faire retirer le faux site ou la fausse page.
  4. Signalez la cagnotte ou la publication à la plateforme qui l’héberge.
  5. Portez plainte au commissariat, à la gendarmerie, ou en ligne sur THESEE pour certaines escroqueries sur internet. Info Escroqueries vous oriente au 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30.
  6. Signalez les SMS au 33700 et les e-mails sur Signal Spam.

Avoir voulu aider n’est pas une erreur. Ces appels sont construits pour toucher ce qu’il y a de plus généreux chez les gens, et la faute est entièrement du côté de ceux qui détournent ces dons. Continuer à donner, en passant par un chemin que vous avez choisi, reste une très bonne chose.

Questions fréquentes sur les arnaques aux dons

Comment vérifier qu’une association est réelle ?

Cherchez-la dans l’Annuaire des Entreprises, qui recense aussi les associations, puis ouvrez son site officiel en tapant l’adresse vous-même et donnez depuis sa page de dons. Comparez le nom et l’adresse du site avec ceux du message reçu, et cherchez le nom avec le mot « arnaque ».

Une association reconnue d’utilité publique est-elle forcément digne de confiance ?

Le statut permet de délivrer des reçus fiscaux, mais il ne garantit ni que le message vient vraiment de cette association, ni la qualité de sa gestion. Donnez depuis son site officiel, et regardez son rapport annuel et ses comptes avant un don important.

Quelle est la façon la plus sûre de donner ?

Depuis le site officiel de l’organisme, que vous avez retrouvé vous-même, par carte ou par prélèvement à son nom. Évitez les liens reçus par SMS ou e-mail, et refusez les coupons prépayés, les cartes cadeaux, la cryptomonnaie et les virements vers un compte de particulier.

Un don à une cagnotte en ligne donne-t-il droit à une réduction d’impôt ?

En règle générale, non, quand la cagnotte aide une personne privée : la réduction d’impôt concerne les dons aux organismes d’intérêt général ou reconnus d’utilité publique, qui délivrent un reçu fiscal. Si la cagnotte est organisée par une association éligible, c’est elle qui vous remet le reçu.

On m’appelle pour me rappeler un don promis l’an dernier. Dois-je payer ?

Non, pas au téléphone. Si vous ne vous en souvenez pas, c’est un signal. Raccrochez, retrouvez l’organisme par vous-même et, si vous voulez donner, faites-le depuis son site officiel.

Où signaler une arnaque aux dons ?

Prévenez l’organisme imité par son site officiel, signalez la page ou la cagnotte à la plateforme qui l’héberge, et portez plainte au commissariat, à la gendarmerie ou en ligne sur THESEE. Les SMS se signalent au 33700 et les e-mails sur Signal Spam.

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