Arnaque au chèque : faux chèque, chèque de banque et chéquier volé

Votre banque crédite un chèque dès le lendemain du dépôt, mais elle peut reprendre la somme quelques jours plus tard s’il revient impayé. Presque toutes les arnaques au chèque se glissent entre ces deux moments.

Gros plan sur un chèque posé sur un comptoir en granit, un doigt sur le bord, un stylo attaché à une chaînette en arrière-plan

Pourquoi un chèque crédité n’est pas un chèque payé

Quand vous déposez un chèque, votre banque le crédite presque tout de suite, mais sous réserve d’encaissement. La Banque de France l’explique : en France, un chèque déposé est en général crédité le lendemain du dépôt, mais la convention de compte précise qu’il l’est sous réserve d’encaissement. Si le chèque revient impayé, parce qu’il n’y a pas de provision ou qu’il a été volé, la banque n’est prévenue que quelques jours après le dépôt, et elle annule alors la remise.

Autrement dit, la banque vous avance l’argent. Le chèque n’est vraiment payé que si les fonds sont disponibles sur le compte de celui qui l’a émis et que le chèque est régulier. La Banque de France le résume en une phrase : avoir un chèque entre les mains n’est pas du tout la garantie d’être payé.

L’idée sur laquelle repose toute cette page

« L’argent est sur mon compte » répond à une question sur la disponibilité. « Le chèque a été payé par la banque de l’émetteur » répond à une question sur l’existence réelle de l’argent. L’arnaque fonctionne parce que ces deux réponses arrivent à plusieurs jours d’écart, et que c’est la seconde qui compte.

Le chèque est encore utilisé dans de nombreuses transactions en France, rappelle Ma Sécurité, et sa fraude existe même si elle est en baisse. Selon le rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, le taux de fraude sur le chèque est à un niveau historiquement bas, 69 euros pour 100 000 euros de paiements, un peu au-dessus de celui de la carte.

Qui perd l’argent quand le chèque revient impayé

La personne qui a déposé le chèque. La Banque de France décrit la suite : la banque, qui vous a avancé les fonds, débite de votre compte la remise de chèque impayée. Les fraudeurs exploitent ce délai de traitement et vous poussent à agir très vite. Résultat, écrit-elle : vous avez renvoyé les fonds au fraudeur, et votre compte, lui, est dans le rouge.

C’est tout le calcul de l’escroc. Il n’a jamais eu d’argent. Ce qu’il récupère, c’est le vôtre, envoyé par un moyen qui ne revient pas, pendant que le chèque censé le couvrir était voué à être rejeté.

Un autre risque mérite d’être nommé. Une personne qui accepte de faire passer de l’argent pour un inconnu, en encaissant un chèque puis en renvoyant une partie, peut se retrouver à faire transiter de l’argent d’origine frauduleuse sans le savoir. Si on vous propose ce rôle, présenté comme un emploi ou un service rendu, refusez et parlez-en à votre banque.

Le scénario qui revient presque toujours

Quelqu’un vous remet un chèque, vous demande de le déposer, puis de renvoyer rapidement une partie de l’argent ailleurs. L’histoire change. Les deux gestes, non.

Un exemple

Une femme vend un canapé sur un site d’annonces pour 300 euros. Un acheteur pressé, qui dit vivre à l’étranger, envoie un chèque de 900 euros : la différence, explique-t-il, doit servir à payer le transporteur qu’il a choisi, et il lui demande de lui virer 600 euros dès que le chèque apparaît sur son compte. Le chèque est crédité le lendemain. Elle envoie le virement. Dix jours plus tard, le chèque revient impayé, et la banque reprend les 900 euros.

Cet exemple est inventé, mais le montage est celui que décrivent la Banque de France et le ministère de l’Intérieur. Ma Sécurité cite les transactions entre particuliers parmi les formes les plus courantes, avec le chèque sans provision, le chèque volé et le chèque falsifié. Les variantes connues suivent la même ligne :

  • Le trop-perçu sur une vente. L’acheteur paie trop « par erreur » et demande la différence, souvent pour un transporteur ou un intermédiaire qu’il a choisi.
  • L’emploi qui paie avant le travail. Un chèque arrive pour acheter du matériel ou couvrir une première mission, et une partie doit être envoyée à un fournisseur désigné.
  • Le gain ou l’héritage avec des frais. Un chèque est censé couvrir des frais que vous devez avancer de votre poche.
  • La location à distance. Un chèque arrive pour un logement que vous louez, et une partie doit partir chez un tiers.

Deux détails le distinguent d’une transaction normale. L’argent à renvoyer doit partir par un moyen difficile à rattraper, en général un virement, des coupons ou des cryptomonnaies. Et il doit partir tout de suite, avant que le chèque ait eu le temps de revenir. Un vrai acheteur ne paie pas trop pour ensuite choisir lui-même le transporteur, et un vrai employeur ne vous demande pas de financer votre propre travail.

Le faux chèque de banque

Le chèque de banque est émis par une banque, à la demande de son client, et il sert souvent pour les montants importants entre particuliers, comme la vente d’une voiture. Service-public.gouv.fr explique que la somme est prélevée sur le compte du client au moment de l’émission et bloquée pendant la durée de validité du chèque, un an et huit jours. C’est cette garantie qui en fait un moyen de paiement réputé sûr, et c’est pour cela que les escrocs le contrefont.

La même page donne la règle : il est important de vérifier auprès de la banque émettrice qu’il s’agit d’un vrai chèque avant de l’accepter. Ma Sécurité ajoute deux points à regarder sur le papier : un filigrane, et la mention « chèque de banque » au dos. Le papier ne suffit pas, parce qu’un faux bien fait peut avoir l’air vrai.

  • Cherchez vous-même le numéro de la banque émettrice, sur son site officiel ou dans l’annuaire, et appelez l’agence. N’appelez pas un numéro imprimé sur le chèque ou donné par l’acheteur : il peut mener à un complice qui vous confirmera que tout va bien.
  • Faites la vente aux heures d’ouverture des banques, pour pouvoir appeler l’agence pendant que l’acheteur est encore là.
  • Ne remettez pas le bien, et surtout pas les papiers d’un véhicule, avant d’avoir la confirmation de la banque émettrice.
  • Méfiez-vous d’un rendez-vous un vendredi soir, un samedi ou une veille de jour férié, qui empêche toute vérification avant plusieurs jours.

Pour un gros montant, un virement reçu et visible sur votre compte avant la remise du bien est souvent plus simple à vérifier. Ma Sécurité conseille de préférer des moyens de paiement plus sécurisés, comme le virement.

Le chéquier volé ou le chèque falsifié

L’autre moitié de la fraude au chèque ne passe pas par un chèque que vous recevez, mais par vos propres chèques : un chéquier volé, ou un chèque que vous avez rempli et qui est modifié avant d’être encaissé. Ma Sécurité cite le fraudeur qui se sert d’un chèque complété et signé par vous. L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement suit d’ailleurs ses recommandations sur l’envoi des chéquiers par voie postale.

Si un chèque ou un chéquier vous est volé, service-public.gouv.fr donne les étapes :

  1. Faites opposition au plus vite par le numéro d’urgence de votre banque, ou dans votre espace client si votre banque le permet. Si c’est un chèque que vous deviez recevoir qui a été volé, comme un salaire, c’est à l’émetteur de faire opposition.
  2. Confirmez l’opposition par écrit dans les 48 heures, avec les numéros des chèques concernés. Sans cette confirmation dans le délai, l’opposition est annulée. La Banque de France précise que cet écrit peut passer par votre espace de banque en ligne.
  3. Portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, et joignez la copie à votre confirmation écrite.

L’opposition est enregistrée dans le fichier national des chèques irréguliers, tenu par la Banque de France, et elle n’est pas limitée dans le temps. La Banque de France ajoute qu’une opposition portant sur des chéquiers que vous n’avez jamais reçus ne doit pas vous être facturée. L’opposition n’est admise qu’en cas de perte, de vol ou d’utilisation frauduleuse : service-public.gouv.fr rappelle que mentir pour faire opposition expose à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende.

Si un chèque frauduleux a déjà été débité, demandez le remboursement à votre banque dans les deux mois qui suivent la réception du relevé où il apparaît. En cas de contrefaçon, d’imitation de signature ou de falsification grossière et visible, la banque vous rembourse. Si la fraude n’est pas décelable à l’œil nu, elle peut refuser. Vous pouvez demander une copie du recto du chèque.

Que faire si vous avez déjà déposé un chèque douteux

Appelez votre banque avant d’envoyer quoi que ce soit, et arrêtez tout paiement qui n’est pas encore parti. Si de l’argent est déjà parti, les démarches ci-dessous comptent plus qu’on ne le croit.

  1. N’envoyez pas l’argent demandé, et annulez ce qui est en attente. Un virement programmé, un achat de coupons pas encore fait : c’est la seule étape qui a une vraie chance de sauver la somme.
  2. Prévenez votre banque que le chèque est peut-être faux. Donnez la date du dépôt et le montant, et demandez ce qui arrivera à votre solde si le chèque revient impayé.
  3. Si vous avez déjà fait un virement, demandez à la banque une demande de retour des fonds pour fraude, tout de suite. Notre page sur l’arnaque au virement instantané détaille cet appel.
  4. Gardez tout. Le chèque ou sa photo, l’enveloppe, les messages, l’annonce, le nom et l’adresse donnés, le numéro de suivi. Ma Sécurité demande de rassembler toutes les preuves disponibles.
  5. Portez plainte rapidement au commissariat ou à la gendarmerie. Si l’escroquerie s’est faite par une annonce en ligne, la plainte peut se déposer sur THESEE, réservé aux particuliers majeurs.
  6. Demandez à votre banque, par écrit, ce que vous devez maintenant, à quelle date la remise a été annulée, et quelles solutions existent, pour ne pas découvrir un découvert dans trois semaines.

Si vous ne savez pas par où commencer, 17Cyber pose quelques questions et indique les démarches. Si la banque vous laisse une perte que vous jugez injuste, faites une réclamation écrite, puis saisissez le médiateur bancaire, gratuitement.

Ce qu’il faut vérifier avant d’accepter un chèque d’un inconnu

La seule question qui compte avant d’accepter un chèque inattendu est la suivante : vous a-t-on demandé d’en renvoyer une partie ? Si oui, le chèque ne vaut presque certainement rien, quel que soit l’aspect du papier.

Ma Sécurité donne des conseils simples :

  • n’acceptez jamais de chèque d’une personne inconnue, surtout pour une transaction à distance ;
  • assurez-vous qu’il a bien été encaissé par votre banque, et attendez une à deux semaines avant toute opération ;
  • pour un chèque de banque, vérifiez le filigrane et la mention « chèque de banque » au dos, puis appelez la banque émettrice ;
  • préférez des moyens de paiement plus sécurisés, comme le virement.

Ajoutez trois réflexes. Demandez-vous pourquoi de l’argent devrait sortir de votre compte dans une transaction où c’est vous qu’on paie. Cherchez vous-même les coordonnées de l’entreprise ou de la banque, et appelez le numéro que vous avez trouvé, pas celui du message. Méfiez-vous quand un inconnu choisit à votre place le transporteur, le fournisseur ou le moyen de paiement.

Attendre est la seule défense qui ne coûte rien. Un vrai acheteur peut attendre que son chèque soit payé. Quelqu’un qui monte ce scénario ne le peut pas, et c’est pour cela que la pression pour aller vite revient à chaque fois. Pour vérifier un acheteur ou une société, voyez notre page pour vérifier si une entreprise est fiable.

Deux mains tiennent un téléphone au-dessus d'un chèque posé sur une vieille table en bois pour le photographier
Scène illustrative : une photo du chèque recto verso avant le dépôt garde une trace si le chèque revient impayé.

Questions fréquentes sur l’arnaque au chèque

Combien de temps faut-il pour savoir si un chèque est faux ?

Il n’y a pas de délai fixe. La Banque de France explique qu’un chèque est crédité en général le lendemain du dépôt, sous réserve d’encaissement, et que la banque n’apprend qu’il est impayé que quelques jours plus tard. Ma Sécurité conseille d’attendre une à deux semaines avant toute opération.

La banque peut-elle reprendre l’argent d’un chèque déjà crédité ?

Oui. Le chèque est crédité sous réserve d’encaissement. S’il revient impayé, la banque annule la remise et débite la somme de votre compte, même si vous avez déjà utilisé l’argent.

Un chèque de banque est-il toujours sûr ?

Non, parce qu’il peut être contrefait. Service-public.gouv.fr indique de vérifier auprès de la banque émettrice qu’il s’agit d’un vrai chèque avant de l’accepter. Cherchez vous-même le numéro de l’agence, sans utiliser celui qui figure sur le chèque ou qui vous est donné par l’acheteur.

Un acheteur m’a envoyé un chèque trop élevé et demande la différence. Que faire ?

N’envoyez rien. C’est le scénario le plus courant de l’arnaque au chèque. Prévenez votre banque, gardez les messages, signalez l’annonce à la plateforme et portez plainte si de l’argent est parti.

On m’a volé mon chéquier. Que faire ?

Faites opposition au plus vite auprès de votre banque, confirmez-la par écrit dans les 48 heures avec les numéros des chèques, et portez plainte. Si un chèque frauduleux a déjà été débité, demandez le remboursement dans les deux mois qui suivent le relevé où il apparaît.

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