Arnaque au virement : faux RIB, faux conseiller et faux placement, comment les repérer avant d’envoyer

Un virement est presque impossible à rattraper une fois parti. La protection qui marche se joue donc avant l’envoi : savoir reconnaître les montages qui mènent au virement et vérifier l’IBAN par un autre canal.

Le hall d'une agence bancaire, des clients font la queue derrière un cordon pendant qu'un homme parle à une employée au guichet

Pourquoi tout se joue avant d’appuyer sur « envoyer »

Un ordre de virement ne peut pas être annulé une fois qu’il a été reçu par votre banque. La Banque de France le rappelle : c’est une des règles de fonctionnement du virement SEPA. Si vous avez été trompé, votre banque n’est pas tenue de vous rembourser, parce qu’elle doit exécuter les ordres selon les informations que vous lui donnez. Elle s’efforcera de récupérer les fonds, mais cela n’aboutit pas toujours, surtout quand c’est fait tard.

C’est pour cela que les escrocs demandent un virement plutôt qu’un paiement par carte. Et c’est pour cela que cette page porte surtout sur ce qui se passe avant l’envoi. Si l’argent est déjà parti, les gestes de la première heure, l’appel à la banque, la demande de retour des fonds et la plainte, sont détaillés dans notre page arnaque au virement instantané : que faire. Ils valent aussi pour un virement classique.

Le phénomène est important. Selon le rapport 2025 de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, la fraude par manipulation, qui comprend le faux conseiller bancaire, la fraude au président et la substitution d’IBAN, a atteint 516 millions d’euros en 2025, un peu plus de 40 % de la fraude aux moyens de paiement, une part qui a doublé en quatre ans.

Le faux RIB : une vraie facture, un seul chiffre qui change

C’est le montage le plus discret. Cybermalveillance.gouv.fr le décrit : l’escroc usurpe l’identité d’un créancier avec qui vous êtes déjà en relation, un artisan, un notaire, un avocat ou un propriétaire, pour vous faire envoyer un virement sur son propre compte. Le plus souvent, il a d’abord piraté une messagerie, celle du créancier ou la vôtre. Il repère un paiement imminent ou régulier, puis envoie un message qui demande de régler par virement, avec une facture et un RIB falsifié.

Un exemple

Un couple fait refaire sa salle de bains. Le jour de la fin du chantier, un e-mail arrive depuis l’adresse habituelle de l’artisan, dans la même conversation que les devis : « Suite à un changement de banque, merci de régler le solde sur le nouveau RIB joint. » Le montant est le bon, le logo aussi. Seul le numéro de compte a changé. L’artisan, lui, n’a jamais envoyé ce message.

Cet exemple est inventé, mais il suit le schéma décrit par Cybermalveillance.gouv.fr. La règle qui le déjoue est simple : pour toute demande de virement vers un RIB que vous n’avez jamais utilisé, appelez le créancier sur son numéro habituel, celui que vous aviez déjà, et faites-lui confirmer le message et les coordonnées. Pas le numéro qui figure dans le message.

La Banque de France donne le même conseil : méfiez-vous de toutes nouvelles coordonnées bancaires communiquées au moment du règlement d’une facture et de toute demande prétendument urgente, et n’agissez jamais dans la précipitation.

Le faux RIB du notaire et les faux prêts immobiliers

Les achats immobiliers sont une cible particulière, parce que les montants sont élevés et que l’apport part par virement. Les Notaires de France ont alerté sur des escroqueries où un faux conseiller bancaire intercepte une demande de simulation de crédit immobilier en ligne, recueille toutes les données du projet, fait signer de faux documents, et détourne l’apport personnel avec un RIB falsifié pourtant au nom du notaire.

Ils rappellent trois règles qui permettent de vérifier par vous-même :

  • tout transfert de fonds demandé par un notaire se fait en lien direct avec le notaire, sans passer par une banque ;
  • les comptes professionnels des notaires sont obligatoirement ouverts à la Caisse des dépôts et consignations, et le RIB d’un notaire ne peut pas venir d’une autre banque ;
  • tout virement destiné à un notaire part donc vers un RIB de la Caisse des dépôts, dont le code BIC est CDCGFRPPXXX. Vérifiez-le avant d’envoyer.

Les Notaires de France signalent aussi une mise en garde de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution contre de fausses offres de prêt immobilier ou de rachat de crédit, proposées par des personnes qui usurpent l’identité de courtiers et de banques. Un prêt qui demande des frais à virer avant le déblocage des fonds doit vous arrêter.

Le « compte sécurisé » du faux conseiller

Quelqu’un appelle de la part de votre banque, parle d’opérations suspectes sur votre compte, et vous propose de mettre votre argent à l’abri. Cybermalveillance.gouv.fr décrit ce faux conseiller bancaire : il dispose souvent de beaucoup d’informations sur vous, usurpe parfois le numéro de la banque, et vous fait valider des opérations dans votre application, dont l’ajout d’un bénéficiaire et des virements.

Aucune banque ne vous demande de déplacer votre argent vers un compte « sécurisé ». Cybermalveillance.gouv.fr précise que jamais un conseiller ne vous demandera de valider ou d’annuler des opérations dans votre application pour une fraude en cours. Si l’appel insiste pour que vous restiez en ligne, raccrochez et rappelez votre banque par vos moyens habituels. Notre page sur le vishing décrit ces appels.

Le faux placement et les virements vers l’étranger

Un placement présenté comme sûr et très rentable, un conseiller sympathique, un site soigné, et des virements demandés vers un compte, souvent à l’étranger. Cybermalveillance.gouv.fr décrit cette escroquerie au placement financier et donne les vérifications à faire avant de verser quoi que ce soit :

  • vérifiez que l’interlocuteur ou la société qu’il dit représenter est autorisé à exercer en France, dans les registres Orias et Regafi ;
  • consultez la liste noire des sociétés et sites non autorisés de l’Autorité des marchés financiers, accessible depuis le site Protect Epargne de l’AMF ;
  • contactez vous-même l’établissement dont on vous parle, avec des coordonnées que vous avez trouvées ;
  • prenez le temps de réfléchir, ne signez rien dans la précipitation, ne versez pas d’argent, ne donnez pas votre numéro de carte et n’installez pas d’application à la demande du conseiller.

En cas de doute, Épargne Info Service de l’AMF répond pour les produits financiers, et Assurance Banque Épargne Info Service pour les produits bancaires et d’assurance.

Un virement vers un compte hors de l’Espace économique européen, comme au Royaume-Uni ou en Suisse, ne raccourcit pas seulement la chance de récupérer l’argent. La Banque de France indique que, même pour un virement mal exécuté par la banque, le délai pour le signaler tombe alors à 70 jours, contre 13 mois dans l’Espace économique européen.

Deux outils qui vous alertent avant l’envoi

La vérification du bénéficiaire

Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques de la zone euro vérifient gratuitement, au moment d’un virement classique ou instantané, que le nom du bénéficiaire que vous saisissez correspond à l’IBAN. Service-public.gouv.fr décrit les quatre résultats possibles : concordance exacte, non-concordance, concordance partielle, où la banque vous montre le nom associé à l’IBAN, et vérification impossible. Vous gardez la liberté d’envoyer le virement malgré une alerte.

Cet écran est très utile contre le faux RIB, où le nom attendu, celui de l’artisan ou du notaire, ne correspond pas au titulaire du compte de l’escroc. Il l’est moins quand l’escroc vous donne d’avance le nom qui s’affichera, ou vous dit qu’une alerte est « normale ». Une non-concordance doit vous arrêter et vous faire appeler le bénéficiaire sur son numéro habituel.

Le fichier des comptes signalés

Depuis mai 2026, selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, les banques françaises partagent le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude, géré par la Banque de France. La Banque de France explique qu’elles peuvent y déclarer les IBAN de comptes soupçonnés de fraude, en France comme à l’étranger, dans la zone SEPA ou non. Votre banque peut alors vous prévenir que l’IBAN vers lequel vous voulez envoyer un virement est suspect et vous demander de vérifier, ou bloquer le virement si l’IBAN est confirmé comme frauduleux. Chaque banque fixe ses propres règles.

Si votre banque vous signale un IBAN suspect, prenez-le au sérieux : cette alerte veut dire que ce compte a déjà été signalé par une banque.

Les vérifications à faire avant d’envoyer un virement

La seule protection fiable sur un virement se place avant l’envoi, parce que tout ce qui suit dépend de la bonne volonté d’autres personnes.

  • Vérifiez l’IBAN par un autre canal. Ne prenez jamais des coordonnées bancaires dans le message qui les contient. Appelez l’artisan, l’agence, le notaire ou le proche sur le numéro que vous aviez déjà, et relisez-lui l’IBAN.
  • Lisez l’écran de vérification du bénéficiaire. Une non-concordance ou une concordance partielle mérite un appel avant d’aller plus loin.
  • Considérez l’urgence comme le signal, pas comme la raison. Une vraie échéance survit à un coup de téléphone. Une fausse vient avec une raison de ne pas raccrocher, de n’appeler personne, ou de ne pas dire à la banque à quoi sert le virement.
  • Dites la vérité à votre banque. Si votre conseiller ou une alerte vous demande l’objet du virement, répondez honnêtement. Les banques posent cette question pour repérer exactement ce type de fraude. Quelqu’un qui vous a dicté quoi répondre à votre banque vous a déjà dit l’essentiel sur lui.
  • Faites un premier virement test d’un petit montant vers un nouveau bénéficiaire, et faites confirmer sa réception par téléphone avant d’envoyer le reste, quand le montant est important.
  • Protégez votre messagerie, par où passent la plupart des faux RIB : Cybermalveillance.gouv.fr conseille des mots de passe différents et complexes, la double authentification et les mises à jour.

Pour la liste des autres réflexes, voyez notre page pour éviter les arnaques.

Au guichet, une employée remplit un formulaire au stylo face à un client âgé dont on voit les mains jointes sur le comptoir
Scène illustrative : si votre banque vous demande à quoi sert un virement, donnez la vraie raison.

Si le virement est déjà parti

Appelez votre banque immédiatement, sur un numéro que vous avez trouvé vous-même, et demandez-lui une demande de retour des fonds pour fraude. La Banque de France conseille aussi de déposer plainte très rapidement, et précise que la récupération des sommes peut dépendre de l’issue d’une procédure judiciaire. Si la banque ne parvient pas à récupérer les fonds, elle doit vous communiquer, à votre demande, les informations qui peuvent documenter un recours.

  • Pour un faux RIB, Cybermalveillance.gouv.fr conseille d’alerter immédiatement votre banque, d’alerter aussi le vrai créancier, et de changer le mot de passe de votre messagerie si elle a pu être piratée.
  • Pour un faux placement, cessez tout échange avec l’escroc et faites opposition au virement au plus vite auprès de votre banque, comme l’indique Cybermalveillance.gouv.fr.
  • Portez plainte, au commissariat, à la gendarmerie, ou pour une partie des escroqueries en ligne sur THESEE. Pour les faux investissements sur internet, la plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, où vous pouvez prendre rendez-vous.
  • Faites le diagnostic sur 17Cyber si vous ne savez pas par où commencer.

Méfiez-vous de quiconque vous recontacte ensuite pour récupérer votre argent contre des frais. Cybermalveillance.gouv.fr prévient que les victimes de faux placement sont très souvent recontactées par d’autres escrocs dans les semaines qui suivent. Le détail des démarches, et une réponse honnête sur les chances de récupérer l’argent, sont dans notre page arnaque au virement instantané : que faire.

Avoir été trompé par quelqu’un qui répète ce scénario tous les jours n’est pas un défaut de caractère. Il l’a préparé des centaines de fois. Vous l’avez entendu une fois, sous pression, avec un vrai projet en jeu.

Questions fréquentes sur l’arnaque au virement

Peut-on annuler un virement après l’avoir envoyé ?

En général non. La Banque de France rappelle qu’un ordre de virement ne peut pas être annulé une fois reçu par votre banque. Seul un virement programmé à une date future peut être révoqué, au plus tard le jour ouvrable précédent. Votre banque peut demander le retour des fonds, sans pouvoir l’imposer.

Comment vérifier un RIB reçu par e-mail ?

Appelez la personne ou l’entreprise sur le numéro que vous aviez déjà, pas sur celui du message, et faites-lui confirmer l’IBAN. Lisez aussi l’écran de vérification du bénéficiaire au moment du virement. Pour un notaire, le RIB doit être celui de la Caisse des dépôts, avec le code BIC CDCGFRPPXXX.

La vérification du bénéficiaire suffit-elle ?

Elle aide beaucoup contre le faux RIB, mais elle ne bloque rien : vous restez libre d’envoyer le virement malgré une alerte, et l’escroc peut vous annoncer d’avance le nom qui s’affichera. Une non-concordance doit vous faire appeler le bénéficiaire avant d’aller plus loin.

Ma banque dit que l’IBAN est suspect. Que faire ?

Ne faites pas le virement et vérifiez auprès du bénéficiaire par un autre canal. Depuis mai 2026, les banques partagent un fichier national des comptes signalés pour risque de fraude, et une alerte veut dire que ce compte a déjà été signalé.

La banque va-t-elle me rembourser un virement envoyé à un escroc ?

Ce n’est pas garanti. La Banque de France indique que la banque n’est pas tenue de rembourser un virement que vous avez ordonné, sauf erreur de sa part ou opération non autorisée. Elle s’efforcera de récupérer les fonds, ce qui marche mieux quand c’est demandé tout de suite.

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