
Les deux rôles de la crypto dans une arnaque
Une arnaque crypto peut prendre deux formes très différentes, et les confondre rend les deux plus difficiles à repérer. Dans les deux cas, le premier réflexe est le même : chercher le nom de la plateforme ou du site dans les listes noires de l’AMF, puis dans sa liste blanche, comme expliqué plus bas.
Dans le premier cas, la crypto est le produit. On vous propose une plateforme de trading, un robot qui achète et vend à votre place, un jeton sur le point d’être lancé ou un « conseiller » qui fait fructifier votre épargne. Vous voyez un tableau de bord où votre solde monte. Le problème n’apparaît qu’au moment où vous voulez retirer votre argent.
Dans le second cas, la crypto n’est que le moyen de paiement. L’histoire n’a rien à voir avec un placement : un faux conseiller bancaire dit que votre compte est attaqué, un faux policier parle d’une enquête, un faux support technique dit que votre ordinateur est infecté, une personne rencontrée en ligne a une urgence. À la fin, on vous demande d’acheter de la cryptomonnaie et de l’envoyer à une adresse, pour « protéger » votre argent ou régler le problème.
La plateforme Assurance Banque Épargne Info Service, commune à la Banque de France, à l’ACPR et à l’AMF, a publié en juin 2026 une alerte sur la multiplication de ces arnaques : plateformes qui promettent des gains élevés, faux conseillers qui appellent ou écrivent sous une fausse identité, sites qui imitent des acteurs connus et demandes de transfert de crypto-actifs faites sous pression.
Une phrase couvre une grande partie du second cas : aucune banque, administration, police ou service client ne vous demande de payer ou de mettre votre argent à l’abri en cryptomonnaie. Si une histoire se termine par une adresse de portefeuille ou un QR code à scanner, c’est l’histoire qui est fausse.
Pourquoi un transfert de crypto ne s’annule presque jamais
Un envoi de cryptomonnaie n’est pas un ordre de paiement qu’une banque peut bloquer ou rappeler. C’est une opération inscrite sur un réseau, et une fois confirmée, aucune autorité centrale ne peut la défaire. L’alerte de juin 2026 le dit clairement : une fois la transaction réalisée, il est très difficile, voire impossible, de récupérer les fonds.
C’est la grande différence avec la carte bancaire, qui permet de contester un paiement auprès de votre banque, ou avec un virement, qu’on peut parfois tenter de bloquer s’il vient d’être fait. C’est aussi la raison pour laquelle les escrocs demandent de la crypto : il n’existe pas de bouton pour revenir en arrière.
Deux conséquences pratiques :
- Agir vite garde un intérêt. Des fonds qui arrivent sur une plateforme d’échange régulée peuvent parfois y être signalés, et une adresse signalée par plusieurs victimes devient plus facile à suivre pour les enquêteurs.
- Personne ne peut promettre de tout récupérer. Celui qui le promet contre des frais prépare l’arnaque suivante.
Les crypto-actifs ne sont pas non plus couverts par le Fonds de garantie des dépôts, comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Quand la crypto est le placement qu’on vous vend
La version « placement » passe presque toujours par un site ou une application où votre solde semble grandir. Cybermalveillance.gouv.fr, dans sa fiche sur l’escroquerie au placement financier, décrit le déroulement : un premier versement souvent modeste, de 200 ou 250 euros, un placement qui semble rapporter vite, puis une pression pour investir davantage. Quand les montants deviennent importants ou que la personne veut récupérer son capital, on lui réclame des taxes, le contact devient distant, puis le site disparaît.
Les formes les plus courantes :
- La plateforme qui ne rend rien. Les dépôts passent sans difficulté. Le retrait déclenche une taxe, des frais, un dépôt de vérification ou un solde minimum qui augmente sans cesse.
- Le mentor qui montre ses gains. Quelqu’un affiche des captures d’écran de ses résultats et propose de gérer votre compte ou de copier ses opérations.
- La relation qui devient un portefeuille. Des semaines de conversation ordinaire, souvent déplacée d’un site de rencontre vers une messagerie privée, avant que le mot « crypto » n’apparaisse. Notre article sur l’ensemble des arnaques en ligne les plus courantes décrit aussi cette forme.
- La fausse personnalité. L’AMF signale la création de faux comptes de personnalités publiques qui vantent un placement. La personne dont l’image est utilisée n’a rien à voir avec l’offre.
- La formation miracle. L’AMF cite aussi les formations payantes en ligne qui promettent d’apprendre à trader rapidement.
L’AMF donne un repère simple : des rendements élevés garantis, au-delà de 2 à 3 %, ça n’existe pas. Elle cite aussi l’absence de mentions légales sur le site, des coordonnées bancaires et des contacts à l’étranger, et des demandes de versements supplémentaires pour débloquer des fonds.
Le test le plus utile reste le retrait : demandez à retirer une petite somme tôt, avant d’ajouter quoi que ce soit. Une plateforme qui ne peut pas rendre 100 euros sans un nouveau paiement vous montre ce qui arrivera à une somme plus grosse. Pour les placements qui ne passent pas par la crypto, voyez notre article sur l’arnaque au placement financier.
Quand la crypto n’est que le chemin par lequel l’argent part
Ici, la cryptomonnaie est un détail. L’arnaque est une usurpation d’identité : quelqu’un se fait passer pour votre banque, la police, un service public ou un proche. Pour la reconnaître, écoutez ce qu’on vous demande de faire plutôt que le sujet de l’appel.
Le scénario réunit en général trois éléments : une personne qui se présente comme une autorité, un problème dont vous ignoriez l’existence, et une raison de le régler dans l’heure. Votre compte aurait servi à une fraude, un virement suspect serait en cours, votre ordinateur enverrait des données. La solution proposée passe par l’achat de cryptomonnaie et son envoi à une adresse qu’on vous donne, parfois pendant que la personne reste au téléphone avec vous.
Quelques détails reviennent souvent :
- « Restez en ligne. » On vous demande de ne pas raccrocher, de ne rien dire à votre conseiller en agence ni à votre famille.
- Un QR code à scanner. Il envoie l’argent vers le portefeuille de l’escroc, pas vers un compte à vous.
- L’argent serait « mis en sécurité ». Aucune banque ni administration ne garde votre argent en cryptomonnaie pour le protéger.
- Une application à installer ou un écran à partager, pour qu’on vous « aide » à faire l’opération.
Les mécanismes de ces appels sont détaillés dans notre article sur l’arnaque par téléphone. Ces scénarios sont travaillés par des gens qui les répètent des centaines de fois. Les entendre pour la première fois, inquiet pour son argent, n’a rien à voir avec les lire à froid sur une page comme celle-ci.
Les signaux qui valent pour les deux formes
Quelle que soit l’histoire, une courte liste couvre la plupart des cas. Un seul de ces signaux suffit pour vous arrêter et vérifier par vous-même. Deux ensemble, c’est presque une certitude.
- Un rendement garanti, ou la promesse que le cours ne peut pas baisser.
- Un paiement exigé en cryptomonnaie, surtout pour régler un problème avec une entreprise ou une administration.
- Un délai qui n’existe que dans la conversation.
- Une demande de discrétion, ou une raison de ne prévenir ni votre banque ni vos proches.
- Un retrait qui exige un nouveau paiement avant d’être possible.
- Un contact qui a commencé par le message d’un inconnu, un faux numéro ou un commentaire sur un réseau social.
- Une application de prise en main à distance à installer, ou un écran à partager.
- Une adresse de portefeuille envoyée sous forme de QR code.
- Un appel commercial que vous n’avez pas demandé. Depuis le 11 août 2026, une entreprise n’a plus le droit de vous démarcher par téléphone sans votre accord préalable, sauf si vous avez déjà un contrat avec elle, comme l’explique service-public.gouv.fr.
Pour des repères plus généraux, notre article comment savoir si c’est une arnaque reprend les signaux communs à toutes les escroqueries.
Vérifier une plateforme avant d’envoyer quoi que ce soit
En France, fournir des services sur crypto-actifs est une activité encadrée. Le règlement européen MiCA a remplacé le régime national de la loi PACTE à partir du 1er janvier 2025, avec une période de transition. L’ACPR précise que les anciens prestataires enregistrés (les PSAN) devaient obtenir un agrément de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA) avant le 1er juillet 2026 pour continuer.
Avant de verser quoi que ce soit :
- Cherchez la plateforme dans la liste blanche de l’AMF, qui recense les PSCA autorisés. L’AMF conseille de consulter aussi le registre de l’autorité européenne des marchés (ESMA) pour les plateformes agréées dans un autre pays de l’Union. Un agrément n’est pas un conseil d’investir : les crypto-actifs restent des placements très risqués.
- Cherchez-la aussi dans les listes noires de l’AMF, dont une est consacrée aux crypto-actifs. L’AMF précise que ces listes sont mises à jour régulièrement mais ne peuvent pas être complètes : une absence de la liste noire ne prouve rien.
- Pour du trading sur des produits dérivés de crypto, l’AMF indique de vérifier le statut de prestataire de services d’investissement dans le registre REGAFI.
- Utilisez le site AMF Protect Epargne, qui regroupe les listes blanches et noires et propose un court questionnaire.
- Méfiez-vous des sites qui imitent un nom connu. Un escroc peut reprendre le nom d’une plateforme autorisée. Tapez vous-même l’adresse du site officiel plutôt que de suivre un lien, et voyez notre article pour reconnaître un faux site.
En cas de doute, l’AMF répond au 01 53 45 62 00 (AMF Épargne Info Service).
Que faire après avoir envoyé de la cryptomonnaie
Arrêtez les envois, gardez les traces et signalez rapidement. Aucune de ces étapes ne garantit un remboursement, et le dire franchement est la meilleure façon de vous tenir à l’écart de ceux qui le promettent.
- N’envoyez plus rien, y compris des frais présentés comme nécessaires pour débloquer un retrait. Ces frais font partie de l’arnaque.
- Coupez le contact avec la personne ou la plateforme. Cybermalveillance.gouv.fr rappelle que continuer les échanges expose à une perte plus grande.
- Notez tout : adresses de portefeuille, identifiants de transaction, dates, montants, nom et adresse du site, captures d’écran du tableau de bord et tous les messages.
- Prévenez la plateforme d’échange par laquelle vous avez acheté la crypto, et demandez si l’adresse de destination peut être signalée.
- Appelez votre banque par le numéro habituel si vous avez aussi fait un virement ou un paiement par carte, pour tenter de bloquer ce qui peut encore l’être.
- Portez plainte au commissariat, à la gendarmerie, par écrit au procureur de la République, ou en ligne sur THESEE pour certaines escroqueries sur internet. France Victimes accompagne gratuitement au 116 006.
- Signalez à l’AMF via AMF Épargne Info Service, au 01 53 45 62 00 ou par son formulaire en ligne.
- Sécurisez vos comptes depuis un appareil qui n’a pas servi pendant l’arnaque : changez les mots de passe, activez la double authentification, désinstallez toute application de prise en main à distance.
Si vous avez fait un virement en plus, notre article virement instantané et arnaque : que faire détaille les premières minutes.
Peut-on récupérer son argent après une arnaque crypto ?
La plupart du temps, non : de la crypto envoyée à un escroc est perdue, parce qu’il n’existe pas de procédure de contestation et que personne ne peut annuler une transaction confirmée.
Signaler reste utile, pour des raisons plus limitées mais réelles. Des fonds encore sur une plateforme régulée peuvent parfois y être bloqués, et les plaintes qui citent la même plateforme aident les enquêteurs à monter un dossier. L’AMF ajoute régulièrement de nouveaux noms à ses listes noires, ce qui protège la personne suivante.
Méfiez-vous des offres de récupération. Préparez-vous à une seconde approche. Cybermalveillance.gouv.fr prévient qu’il est très fréquent que les victimes soient contactées par d’autres escrocs dans les semaines ou les mois qui suivent, et que de nombreux sites proposent de faux services de récupération de fonds. L’AMF cite aussi de faux avocats ou de fausses autorités qui réclament de l’argent pour récupérer les pertes. Sa consigne est de ne pas donner suite.
Si c’est un proche qui est encore dans une de ces plateformes, discuter de la valeur de la crypto mène rarement loin. Proposez plutôt de demander ensemble un petit retrait aujourd’hui et de voir ce qui se passe. La réponse vient de la plateforme, pas de vous, et c’est souvent à ce moment que l’histoire ne tient plus. Notre article sur la façon de protéger ses parents des arnaques donne d’autres pistes pour en parler sans braquer.
Avoir envoyé de l’argent n’est pas une faute. La faute est du côté de ceux qui ont monté le piège.
Questions fréquentes sur les arnaques crypto
Peut-on annuler un envoi de cryptomonnaie ?
En pratique, presque jamais. Une transaction confirmée ne peut pas être annulée par une banque ou une autorité centrale. Prévenez vite la plateforme d’échange utilisée, portez plainte et gardez toutes les traces, mais méfiez-vous de quiconque promet de tout récupérer.
Ma banque m’a appelé pour me demander de convertir mon argent en crypto. Est-ce possible ?
Non. Aucune banque ne vous demande de mettre votre argent à l’abri en cryptomonnaie. Raccrochez et rappelez votre banque au numéro inscrit sur votre carte ou dans votre application.
La plateforme affiche des gains mais refuse mon retrait sans payer une taxe. Que faire ?
Ne payez pas. Une demande de taxe ou de frais pour débloquer un retrait est un signal d’arnaque cité par l’AMF et par Cybermalveillance.gouv.fr. Arrêtez les versements, gardez les preuves et portez plainte.
Comment savoir si une plateforme crypto est une arnaque ?
Cherchez-la d’abord dans la liste noire crypto de l’AMF, puis dans la liste blanche des prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) et dans le registre de l’ESMA pour les plateformes agréées ailleurs dans l’Union. Une absence de la liste noire ne prouve rien, car elle ne peut pas être complète.
Quelqu’un propose de récupérer ma crypto perdue contre des frais. Est-ce sérieux ?
Très probablement non. Cybermalveillance.gouv.fr prévient que les victimes sont souvent recontactées par de faux services de récupération de fonds. Ne payez rien et passez par la plainte.
Qui contacter en cas d’arnaque à la cryptomonnaie ?
Portez plainte au commissariat, à la gendarmerie ou sur THESEE pour certaines escroqueries en ligne, et signalez l’arnaque à AMF Épargne Info Service au 01 53 45 62 00. Info Escroqueries répond aussi au 0 805 805 817.
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