Arnaque à l’avance de frais : faux crédit, frais de dossier et faux héritage

On vous promet un crédit, un héritage ou un gain, à condition de payer d’abord des frais de dossier, d’assurance ou de déblocage. Ces frais sont l’arnaque : l’argent promis n’arrive jamais, et d’autres frais suivent.

Un portefeuille ouvert et vide et une facture imprimée posés sur un bureau à côté d'un clavier, vus de dessus

La forme que toutes ces arnaques partagent

Une arnaque à l’avance de frais suit presque toujours le même chemin. Quelqu’un vous annonce une somme importante qui vous attend : un prêt accordé, un héritage, un gain, une indemnisation, de l’argent perdu enfin retrouvé. Il ne manque qu’une formalité, et cette formalité coûte de l’argent : frais de dossier, assurance, taxe, frais de notaire, frais de déblocage, frais de transfert. Le faux crédit, avec des frais de dossier à payer avant de recevoir les fonds, en est l’une des formes les plus fréquentes.

Une fois le premier paiement fait, un nouvel obstacle apparaît : un contrôle, une taxe oubliée, une erreur bancaire, une pénalité de retard. Chaque étape demande un nouveau paiement, toujours plus petit que la somme promise, ce qui donne l’impression qu’il serait dommage de s’arrêter si près du but. La somme promise, elle, n’arrive jamais.

Ce qui rend ces arnaques efficaces, c’est qu’elles s’adressent souvent à des personnes qui ont un vrai besoin : un crédit refusé ailleurs, un projet à financer, une perte d’argent récente à réparer. Croire une bonne nouvelle quand on en a besoin n’a rien de naïf.

La règle qui couvre tous les cas est simple : si l’on vous demande de payer pour recevoir de l’argent, ne payez pas. Les sections suivantes montrent les formes les plus courantes et ce que la loi française dit pour certaines d’entre elles.

Un contrat non signé et une demande de paiement posés côte à côte sur une table, à côté d'un stylo et d'une tasse de café
Scène illustrative : une demande de frais avant de recevoir l’argent promis est le signal à lui seul.

Faux crédit : peut-on vous demander des frais de dossier avant les fonds ?

Un intermédiaire de crédit n’a pas le droit de vous faire payer des frais de dossier avant que l’argent du prêt soit versé. L’article L519-6 du code monétaire et financier interdit à toute personne qui aide à obtenir un prêt de percevoir une somme, qu’il s’agisse de commissions, de frais de recherche, de démarches ou de constitution de dossier, avant le versement effectif des fonds prêtés.

Le faux crédit joue sur ce point. Une annonce sur un réseau social, un site ou un message propose un prêt à des conditions remarquables, souvent à des personnes qui ont du mal à emprunter. Le ministère de l’Économie liste les signes d’une offre de crédit frauduleuse, à partir des mises en garde de l’ACPR :

  • un taux d’intérêt très bas et une durée de remboursement très longue ;
  • aucune évaluation de votre situation financière, aucune condition de revenus ni de garantie ;
  • des frais de dossier, d’assurance ou autres à payer rapidement, souvent par un service de transfert d’argent international, pour « débloquer » le crédit ;
  • la promesse d’un versement des fonds en moins de 48 heures.

Un intermédiaire qui vous demande de payer avant que l’argent du prêt soit sur votre compte agit donc hors du cadre légal.

Un exemple inventé : « Votre prêt de 15 000 euros est accepté. Pour le déblocage, merci de régler 290 euros de frais d’assurance aujourd’hui par coupon. » Le prêt facile, les frais avant les fonds et le coupon arrivent ensemble.

Le faux crédit sert aussi à récupérer vos documents : pièce d’identité, justificatif de domicile, bulletins de salaire, RIB. Le ministère de l’Économie conseille de ne jamais les transmettre à un intermédiaire sans être certain que l’offre vient d’un établissement ou d’une personne autorisée.

Héritage, gain et argent qui vous attend

Une autre famille de messages annonce de l’argent qui vous appartiendrait déjà : un héritage d’un parent éloigné ou d’un inconnu sans famille, un gain à une loterie à laquelle vous n’avez pas joué, une somme bloquée à l’étranger qu’on vous propose de partager, un remboursement ou une indemnisation à récupérer.

Le message vient d’un soi-disant avocat, notaire, banquier ou responsable d’une organisation. Il est souvent long, plein de détails officiels, avec des tampons ou des numéros de dossier. Puis vient la demande : des frais de notaire, des droits de succession, une taxe, des frais d’ouverture de compte ou de transfert.

Quelques repères aident à trier :

  • Un vrai notaire chargé d’une succession ne vous demande pas d’argent pour vous annoncer un héritage. Notaires de France rappelle que le notaire contacte les autres héritiers sans leur demander le moindre centime, et que le généalogiste qui les recherche à sa demande ne réclame pas d’argent non plus. Retrouvez l’étude dans l’annuaire officiel des notaires et appelez le numéro que vous y avez trouvé, pas celui du courrier.
  • Un vrai gain vient d’un jeu auquel vous avez participé, et l’organisateur ne vous fait pas payer pour le recevoir. Notre article sur l’arnaque à la loterie détaille ce point.
  • Une somme bloquée à partager avec un inconnu qui a besoin de votre compte relève d’une autre arnaque, celle de la mule financière, en plus des frais qu’on finira par vous demander.

Le point commun est toujours le même : c’est vous qui devez payer en premier, pour recevoir un argent qui n’existe pas.

Source : Notaires de France – Conseil supérieur du notariat

Les frais d’avance cachés dans des démarches ordinaires

L’avance de frais ne se présente pas toujours comme une fortune qui vous attend. Elle se glisse aussi dans des démarches ordinaires, où un paiement demandé trop tôt est le signal.

  • Le logement. Un faux propriétaire demande un chèque de réservation ou une caution avant la visite. En France, aucune somme ne peut être réclamée avant la signature du bail. Voir l’arnaque à la location.
  • L’emploi. Un faux recruteur demande de payer un kit de démarrage, une formation ou des frais de dossier. Voir l’arnaque à l’offre d’emploi.
  • La vente entre particuliers. Un faux acheteur demande de payer des frais à un transporteur ou à un service de paiement pour recevoir votre argent. Voir l’arnaque à la vente entre particuliers.
  • Le colis. Un faux transporteur demande un ou deux euros pour livrer. Voir l’arnaque au colis.
  • Le placement. Un faux conseiller demande des frais ou une taxe avant de vous laisser retirer vos gains.

Dans chacun de ces cas, il existe une façon normale de faire, où l’argent ne part qu’au moment où vous recevez ce que vous payez. Quand quelqu’un vous demande d’inverser cet ordre, c’est à lui de vous expliquer pourquoi, et la plupart du temps, il n’y a pas de bonne raison.

La fausse récupération de fonds qui suit la première perte

Après une première arnaque, une deuxième arrive souvent. Quelqu’un vous contacte en se présentant comme avocat, cabinet spécialisé, enquêteur, autorité financière ou service de la police. Il sait ce que vous avez perdu, parfois au centime près. Il propose de récupérer votre argent, ou dit l’avoir déjà retrouvé. Il ne manque que des frais : honoraires, frais de procédure, taxe de restitution.

Cybermalveillance.gouv.fr met en garde contre ce piège : il est très fréquent que les victimes soient contactées par d’autres escrocs dans les semaines ou les mois qui suivent, et de nombreux sites malveillants proposent de faux services de récupération de fonds perdus. Sa consigne est de ne pas donner suite, au risque d’être escroqué une nouvelle fois.

Le fait que la personne connaisse les détails de votre perte ne prouve rien. Ces informations peuvent venir des mêmes escrocs, qui reviennent sous un autre nom.

Les voies réelles pour tenter de récupérer de l’argent sont votre banque, la plainte et, si une procédure judiciaire s’ouvre, l’avocat que vous choisissez vous-même. Un service qui vous trouve, au lieu que vous le trouviez, et qui demande à être payé d’avance, n’en fait pas partie.

Pourquoi le moyen de paiement fait partie du piège

Les escrocs ne demandent presque jamais un paiement par carte sur un site identifié. Ils demandent des moyens de paiement qui partent vite et ne reviennent pas :

  • Les coupons prépayés achetés chez un buraliste, dont il suffit de communiquer le code ;
  • Les services de transfert d’argent international, que le ministère de l’Économie cite dans les signes d’une offre de crédit frauduleuse ;
  • La cryptomonnaie, achetée pour l’occasion et envoyée à une adresse ;
  • Le virement vers un compte de particulier ou vers un compte à l’étranger, sans rapport avec l’organisme qui est censé vous payer.

Le choix de ces moyens n’est pas un détail technique. Un organisme réel qui doit vous verser de l’argent déduit ses frais de la somme, ou vous envoie une facture à son nom. Il ne vous demande pas d’acheter des coupons.

Si vous faites un virement, lisez le résultat de la vérification du bénéficiaire, gratuite dans la zone euro depuis le 9 octobre 2025 : si le nom du titulaire du compte ne correspond pas à l’organisme, arrêtez-vous.

Comment vérifier une offre avant de payer quoi que ce soit

Toutes les vérifications se font hors du message reçu, par des chemins que vous choisissez.

  • Pour un crédit ou un placement, vérifiez que l’organisme est autorisé. Le ministère de l’Économie et Cybermalveillance.gouv.fr renvoient vers deux registres : l’ORIAS, qui recense les intermédiaires en assurance, banque et finance, et REGAFI, le registre des établissements financiers autorisés. Cybermalveillance.gouv.fr conseille aussi de consulter la liste noire des sociétés et sites non autorisés publiée par l’AMF.
  • Attention aux usurpations : un escroc peut reprendre le nom et le numéro d’un organisme autorisé. Contactez vous-même l’établissement, par le site ou le numéro que vous avez trouvés, pour confirmer que l’offre vient de lui.
  • Pour une entreprise ou un cabinet, cherchez-le dans l’Annuaire des Entreprises et comparez avec les coordonnées du message.
  • Pour un notaire ou un avocat, retrouvez son étude ou son cabinet vous-même et appelez le numéro que vous avez trouvé.
  • Parlez-en à quelqu’un avant de payer : un proche, votre conseiller bancaire en agence, ou Info Escroqueries au 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30.

Pour une méthode complète, voyez aussi vérifier si une entreprise est fiable.

Si vous avez déjà payé des frais

Le plus important est de ne pas payer les frais suivants. Ils viendront, avec une nouvelle explication, et parfois avec la menace de tout perdre si vous arrêtez. Arrêter maintenant, c’est limiter la perte.

  1. Coupez le contact et ne payez plus rien, quel que soit l’argument.
  2. Appelez votre banque par le numéro de votre carte ou de votre application. Pour un virement récent, Cybermalveillance.gouv.fr conseille de demander au plus vite à la banque de tenter de bloquer l’opération. Si vous avez donné des coordonnées de carte, faites opposition.
  3. Gardez les preuves : messages, contrats, adresses, numéros, tickets d’achat de coupons, reçus de transferts.
  4. Portez plainte au commissariat, à la gendarmerie, ou en ligne sur THESEE pour certaines escroqueries sur internet. France Victimes accompagne gratuitement au 116 006.
  5. Si vous avez envoyé des documents d’identité, mentionnez-le dans la plainte et surveillez vos comptes et votre courrier.

Attendez-vous à être recontacté par quelqu’un qui proposera de vous faire rembourser. Relisez alors la section sur la fausse récupération de fonds. Et rappelez-vous que ces arnaques sont construites par des gens dont c’est le métier : avoir payé n’est pas une faute, et le dire permet d’éviter d’autres pertes.

Questions fréquentes sur les arnaques à l’avance de frais

Qu’est-ce qu’une arnaque à l’avance de frais ?

C’est une escroquerie où l’on vous promet de l’argent, un crédit, un héritage, un gain ou un remboursement, à condition de payer d’abord des frais. La somme promise n’existe pas, et chaque paiement est suivi d’une nouvelle demande.

Comment savoir si une offre de crédit est une arnaque ?

Regardez d’abord ce qu’on vous demande. Des frais à payer avant de recevoir les fonds, souvent par un service de transfert d’argent, un taux très bas et aucune étude de votre situation sont les signes que liste le ministère de l’Économie. Vérifiez ensuite que le prêteur figure dans REGAFI et l’intermédiaire à l’ORIAS, puis contactez l’établissement par un numéro trouvé vous-même, car son nom peut être usurpé.

Tous les frais payés d’avance sont-ils suspects ?

Non, certains services se paient avant d’être rendus. Le signal, c’est de devoir payer pour recevoir de l’argent. Pour un crédit, la loi française interdit à un intermédiaire de percevoir des frais avant le versement effectif des fonds prêtés.

Un organisme de crédit peut-il me demander des frais de dossier avant de verser le prêt ?

Un intermédiaire n’a pas le droit de percevoir de commissions ou de frais de dossier avant le versement effectif des fonds, selon l’article L519-6 du code monétaire et financier. Une demande de frais pour débloquer un prêt, payée par coupon ou par transfert d’argent, est un signe d’offre frauduleuse.

Peut-on récupérer des frais payés d’avance ?

C’est difficile, surtout avec des coupons, des transferts d’argent ou de la cryptomonnaie. Appelez votre banque vite pour tenter de bloquer un virement récent, et portez plainte avec toutes vos preuves. Ne payez rien de plus.

Quelqu’un propose de récupérer l’argent que j’ai perdu. Est-ce sérieux ?

Si cette personne vous a contacté d’elle-même et demande des frais d’avance, c’est très probablement une seconde arnaque. Cybermalveillance.gouv.fr conseille de ne pas donner suite à ces propositions. Passez par votre banque, la plainte et un avocat que vous choisissez vous-même.

Pourquoi les escrocs demandent-ils des coupons, des transferts ou de la cryptomonnaie ?

Parce que ces paiements partent vite, sont difficiles à tracer et presque impossibles à annuler. Un organisme réel qui vous doit de l’argent déduit ses frais de la somme ou vous facture à son nom. Il ne vous demande pas d’acheter des coupons.

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